31 mars 2007
Je sais, je vais peiner
Pourtant, il ne me paraît pas inutile de rappeler qu'une frange non négligeable de la Fonction Publique est actuellement contrainte de prendre des congés. Ce genre de mise à pied forcée a cours depuis bien des lustres sans que personne ne s'en émeuve. Pour comble, certains esprits chagrins vont même jusqu'à lui reprocher le farniente qui lui est imposé. Il est difficile d'évaluer le préjudice subi, tant en termes d'image que d'énergie perdue pour la société, et ce d'autant que la majorité de la population semble consentir à cette injustice perverse.
Je prends mon exemple : j'appartiens à cette catégorie malheureuse régulièrement stigmatisée du PMU le plus proche de chez vous jusque dans les médias, sans parler des autres catégories professionnelles qui alimentent copieusement un débat déjà riche. Eh bien je me plaignais auprès d'un collègue du privé, il y a peu, de n'avoir jamais pu, une seule fois dans ma vie, poser UN SEUL jour de congé ! Quel individu travaillant dans n'importe quel autre secteur, serait aussi injustement traité ? Qu'on me le dise... Je n'ai le droit de poser un jour que lorsque je suis malade, et auquel cas je dois fournir un certificat médical !
Si cela n'est pas de l'esclavage, qu'on m'explique... ;-)
Mon Dieu, quel retour !!
Finalement, j'ai bien fait de modérer...
Va encore y avoir des grincheux...
04 novembre 2006
Tete en l'air
Aujourd'hui je suis un peu ailleurs...
Et comme je ne sais pas faire ce lien, allez chez Frivoli (en lien à gauche), l'article est intitulé "Femmes d'ailleurs".
Voilà.
03 octobre 2006
Un après-midi à Rabat, il y a longtemps
Je me promenais.
12 décembre 2005
De rouge et de vert
Dans ces paysages de montagne, le temps
s'arrête quelquefois. L'immensité au loin, barrée par quelques géants
d'argile, impose le silence et la gravité. L'altitude n'est pas ce qui
fascine le plus. Ce sont plutôt ces couleurs qui ont été léguées au
drapeau marocain, ces couleurs de la vallée de l'Ourika, lorsqu'on
monte vers Oukaimeden en venant de Marrakech. En quelques kilomètres,
on peut quitter une chaude ville du sud pour aller faire du ski sur des
pistes sans prétentions, mais dans un environnement saisissant. Sur les
versants où nichent de modestes villages, pâtés de terre écarlate qui font corps avec la montagne sur un fond d'un
vert éclatant, les chèvres, comme les enfants, grimpent à flanc avec
une aisance qui défie les lois physiques les plus élémentaires. Les
berbères ne craignent pas la montagne, ils l'accompagnent. Plusieurs
fois je me suis arrêtée en voiture pour déjeuner à pas d'heure dans une
auberge sans nom, où on sert un plat unique de tajine sur une table
branlante au bord du ruisseau de montagne, à l'arrière, avec une
canette de coca. Pour quatre euros peut-être, si ma mémoire est bonne,
pour trois ou quatre personnes. J'ai le souvenir que le pain trempé
dans la sauce était bon et nourrissant, que les légumes étaient tendres
et que j'ai apaisé ma faim dans un calme étrange. L'aubergiste qui
cuisine et sert, parle l'arabe. Dans les montagnes, on parle surtout
berbère. Certains endroits ont des parfums de bout du monde. Celui-là
en est un. Je pourrais le retrouver les yeux fermés.
29 novembre 2005
L'homme au collier
J'étais au volant de ma voiture bleue, je venais de laisser sur ma
gauche l'opulent Hyatt Regency et je ralentissais à l'approche des feux
de signalisation. La circulation était très dense, confuse, et avait
des allures de monstre tentaculaire étouffant la mégalopole de ses
fumées prégnantes, de ses bruits assourdissants, de son mouvement
vertigineux. J'allais au travail comme tous les jours, ou plutôt ma
voiture m'y conduisait tant elle avait appris, dans cette jungle
urbaine, à se frayer un chemin au milieu des vociférations des
conducteurs mécontents, des charrettes et des ânes aux comportements
parfois imprévisibles. Ce matin immature encore, où les plus chanceux
partaient chercher une raison sociale d'exister, aurait pu ressembler à
beaucoup d'autres et sombrer dans les fosses abyssales de l'oubli.
C'est compter sans la vie. Ses rencontres qui n'en sont pas, ses carrefours inattendus.
En
ralentissant prudemment à l'approche du feu vert, je repérai sur ma
droite un homme avançant sur la chaussée dans une posture étrange,
ralenti, semblait-il, par une charge trop grande. A mesure que je
me rapprochais, je compris pourquoi. Il portait autour du cou un collier de
bois aux contours grossiers qui était rattaché à l'arrière à une
charrette remplie de lourds matériaux. Il pouvait avoir soixante-dix
ans, peut-être un peu plus, peut-être un peu moins. Le joug qu'il
portait lui ôtait tout âge. Il avançait à pas lents, tête en avant,
entraînant dans un effort violent la remorque et son chargement. Je
devais prendre à droite au feu, je le laissai passer. Il ne tourna pas
la tête vers moi. Il ne me vit jamais. Il était comme une bête surgie
d'un improbable passé, égaré par inadvertance dans les méandres pollués
de la ville, un animal attelé à l'âme ruinée, un esclave antique perdu
dans un monde moderne. Un anachronisme vivant.
Je tournai au feu et
pris de la vitesse. Mon lycée n'était qu'à quelques encablures de sa
vie. Lycée français, le plus grand lycée français à l'étranger, huppé,
destiné à une catégorie privilégiée d'élèves. Ma journée fut morose.
Mon confort me fit honte, je me sentais impuissante et coupable. Sa
souffrance de vieillard jamais au repos vint souvent hanter mes
souvenirs, et je le revois encore au carrefour des boulevards de Paris
et de Mohammed V, traînant ses haillons, accablé de misère et
d'indignité; vu de tous et remarqué d'aucun.
Il avait des enfants,
avait aimé probablement. Peut-être y songeait-il alors qu'il
concentrait ses efforts sur cette marche laborieuse, étranglé par le
châtiment exemplaire d'incompréhensibles fautes. Il devait croire en
Dieu, expier d'inavouables péchés.
Comme sa charge était lourde! Et comme l'injustice est grande!
26 novembre 2005
J'ai arrêté la voiture
Une plage de Rabat, à la tombée de la nuit
Il
y a des couleurs tendres et chaudes, des atmosphères lourdes et
profondes qu'il est difficile de rendre avec les mots. Les autres mêmes
n'y pourront voir ce que nous y avons mis. Parce que, précisément, ils
sont Autres.
C'était un soir, en rentrant de Rabat par l'autoroute qui mène à Casa. La voiture bleue pleine d'amies venues visiter le Maroc.
En quelques minutes, après un long voyage dont tout le monde rentrait ravi, de façon presque inattendu,
le jour s'est couché, nous prenant par surprise.
Nous
avons été saisies par tant de beauté cristalline, tant d'oranges fauves
naissants aussitôt transformés en rouges flamboyants.
J'ai arrêté la voiture.
Et nous sommes restées là.

