01 mars 2008
Didine
J'avais bien aimé Les poupées russes, aussi j'avais bien envie d'aller voir Paris, et l'idée nous plaisait bien à tous les deux. Je m'attendais un peu à y retrouver la peur de la solitude et une certaine tendresse.
Jeudi soir, pourtant, il y a trop de monde dans la queue devant l'Utopia de Tournefeuille pour espérer jamais arriver à obtenir deux places. Rapide coup d'oeil sur le programme... Autour de nous quelques déçus rebroussent chemin, vont peut-être boire une bière dans un bar, s'embrasser un peu plus loins ou rentrent chez eux le coeur alourdi... Et au programme, il y a Le roi et le clown et Didine. Le premier ne nous emballe pas et je suis sceptique sur le second, mais un peu d'insistance sur ma droite vient rapidement à bout de ma faible résistance. J'aime ce moment où tout sombre, où les voix se taisent, dans l'attente magique aux parfums d'enfance d'une histoire qui va nous être racontée en images.
Didine... Surnom ridicule, jeune femme maladroite, peu assurée, éternellement seule, toujours accompagnée, en quête perpétuelle de l'âme soeur.
Je me suis assise pour l'instant magique. Mais Géraldine Pailhas joue juste, elle a dans le regard le souvenir de Mathilde Seigner avec plus de finesse, et à travers 1h45 d'un parcours initiatique à la fois cruel et drôle, s'approprie timidement la vie et rencontre l'amour.
Autour d'elle, une amie qui mord dans la vie se suicide, une vieille femme acariâtre apprend à sourire, un paumé se cherche, et Nicolas, une pointe d'humour acide dans la voix, l'attend...
Ce serait presque banal si le ton n'était pas aussi touchant et juste, dans la voix, le geste inachevé, le choix de la robe.
Seulement un bon film passé inaperçu.
03 avril 2007
Cashback
La beauté s'accommode mal du mouvement, du bruit... Pour la saisir, il faut...
C'est le premier long métrage de Sean Ellis, célèbre photographe de mode passé à la réalisation par passion. Il y a projeté son goût de l'esthétique, un humour irrésistible, son souci obsessionnel de la traque de la beauté féminine, une poésie délicate et profonde à la fois.
Un film riche et tendre.
Le court-métrage que le réalisateur a repris pour en faire un long a été primé dans une douzaine de festivals internationaux. Au cours des deux heures de pur bonheur que j'ai passées hier au cinéma (ma fille aussi a adoré), j'ai découvert des acteurs étonnants et inattendus, Sean Biggerstaff (croisé dans "Harry Potter") et Emilia Fox ("Secrets de famille"). Ils sont vrais et justes. Aucun autre mot ne me vient à l'esprit pour qualifier leur jeu.
Vous pouvez y courir s'il passe encore chez vous, vous ne le regretterez pas !
A noter pour l'anecdote : la scène de la suédoise qui monte les escaliers... c'est un souvenir d'enfance authentique du réalisateur... ! Ca, c'est un clin d'oeil sympa.
C'est le meilleur film qu'il m'a été donné de voir depuis un moment...
http://www.cashback-lefilm.com/
02 avril 2007
Angel
De François Ozon. J'ai voulu essayer. Parce que "8 femmes" m'avait déçue et que je laisse une autre chance.
J'ai essayé de supporter. J'ai tenté, pleine de bonne volonté, d'essayer de justifier certains choix.
Mais non. Décidément non !
Trop de kitsch, trop de théâtralité hollywoodienne, trop de poncifs ! Romola Garai est mauvaise, excessive, peu crédible, l'ensemble est totalement noyé dans l'excès et l'improbable.
C'est dommage. L'histoire méritait bien mieux, et les images sont belles, la rigueur dans les décors et les costumes louable. Et le charme discret, le jeu feutré de Charlotte Rampling se perdent dans la médiocrité de l'ensemble.
J'attendais le combat d'une femme pour son indépendance, j'attendais la condamnation de la guerre. Tout cela n'a été qu'à peine effleuré.
Le reste n'est que tape-à-l'oeil.
La seule pensée qui m'a réconfortée en sortant du ciné avec ma fille, c'est que j'avais encore deux semaines de congé devant moi.
Il faut bien ça pour se consoler de gaspiller ainsi deux heures de son temps...
Les critiques que j'ai lues étaient dithyrambiques. C'est honteux.
17 février 2007
La Môme
J'y suis allée pour mieux connaître son histoire. Mais combien de films ai-je évités en raison du trop grand tapage médiatique fait autour d'eux... ? J'ai donc accompagné Téta en songeant que la gageure était impossible, qu'il serait présomptueux et décevant.
Et le début a failli me donner raison : une allure presque caricaturale, une enfance tragique aux accents de faubourg miséreux... Dieu dans ses yeux à elle. Dieu au bordel. Je n'avais pas envie d'y croire. Pas à ce point-là.
Puis je me suis tue.
Le film n'est pas seulement d'une étonnante exactitude historique, jusque dans les détails de ses secrets intimes (comme cette croix portée en pendentif autour du cou sans lequel elle ne serait jamais entrée sur scène, en souvenir de Thérèse de Lisieux qui, croyait-elle, lui rendit la vue qu'elle avait perdue pendant un an). Il est d'une puissance émotionnelle époustouflante, servie par une Marion Cotillard stupéfiante, dans ses gestes pudiques ou excessifs, ses expressions pathétiques ou tendres, ses métamorphoses physiques incroyables au fil des années. Tout au long de deux heures vingt, une chanteuse émouvante a habité une comédienne passionnée. Un Cerdan étonnamment rendu par un comédien au nom improbable, si ressemblant...
Et la fin... Cette fin !
Alors... Vous dire d'aller le voir quand tant d'autres nous y poussent jusqu'à l'ennui dans les médias ?
Oui. Juste pour cette fois.
17 mars 2006
Vers le sud
Charlotte Rampling, Karen Young, et les autres. Ces femmes quarantenaires, quinquagénaires, naïves, cyniques, détachées, dépressives, toutes différentes, toutes désemparées devant la souffrance de leur corps, devant l'absence de caresses et d'amour. C'est en Haïti que cela se passe, dans le contexte politique des années 70, la misère et la dictature de Duvallier. Des jeunes gens vendent leurs charmes à des américaines qui finissent par tomber amoureuses.
Se mêlent, sans concession et avec une lucidité aveuglante, le désarroi de ces femmes, le désespoir du jeune homme qui finira par trouver la mort. Deux mondes hermétiques se rencontrent l'espace de quelques caresses, le temps de ne pas se comprendre, mais de s'aimer un peu, quand même.
Le thème de la détresse sexuelle des femmes d'un certain âge est peu vendeur lorsqu'il est traité avec humanité. C'est pourquoi Josiane Balasko, qui souhaitait faire un film sur ce thème, s'est vu opposer des refus de la part des producteurs de cinéma. Elle a décidé alors d'en parler quand même. Cela a donné un roman : La Cliente.
15 mars 2006
Va, vis et deviens
J'ai dû pleurer pendant une heure sur
un film d'une heure trente. Mais ce n'est pas ce qui lui confère ses
principales qualités : une certaine dimension historique (l'Opération
"Moïse" dans le milieu des années 80 qui permit de déplacer
clandestinement des milliers de juifs éthiopiens vers Israël) et un
jeu d'acteurs étonnant.
Ce sont les enfants les plus crédibles, époustouflants !
C'est
l'histoire d'un enfant éthiopien non-juif que sa mère va
propulser dans cet exode qui ne le concerne pas, afin de lui épargner
la famine de son pays. Commence alors pour lui une longue quête
initiatique de la mère laissée derrière lui et de l'identité culture.
Arrachée à cette mère, seule famille qui lui
restait, il épousera donc la Thora, la culture et les
moeurs juives, une des filles du pays, avant d'avouer à tous qu'il
n'est pas juif ! On redécouvre
aussi dans ce film toutes les tendances religieuses et
progressistes (ou pas) actuellement encore existantes en Israël.
Et le racisme.
Un fallasha résume assez bien la situation : ils étaient trop juifs en Ethiopie, ils sont trop noirs en Israël.
A
l'issue d'une colonisation aux mélanges détonnants, Israël fait
aujourd'hui face à une crise identitaire majeure et sans précédent, dont l'issue sera
probablement essentielle pour l'avenir du pays. Se retrouvent ainsi mêlées
des communautés parfois très fermées, aussi diverses que les fallashas
misérables d'Ethiopie ou les juifs de Russie qui ont importé un nouveau
réseau mafieux...
27 février 2006
Viva Zapatero
Documentaire plus que film, nous avons une heure trente pour assister à la montée orchestrée du fascisme en Italie au milieu d'une Europe indifférente. Presse muselée, pressions, chantages, procès, tout est bon pour renverser tout ce qui pourrait barrer la route au Cavaliere vers le contrôle total des médias... Effrayant !
Sabina
Guzzanti (ci-contre) retrace la génèse de la déprogrammation de son émission
satirique à la télévision publique italienne, et nous livre une
démonstration édifiante de l'absence de liberté d'expression au travers
notamment de témoignages parfois poignants, et met en évidence les rouages du système Berlusconi. Stupéfiant ! Consternant !
C'est à deux pas de chez nous...
Ce film a été visionné à la Mostra de Venise où il a déclenché, à la fin, une standing ovation de plusieurs minutes... !
21 février 2006
J'ai vu tuer Ben Barka
J'ai vu tuer Ben Barka... C'est un
retour douloureux sur une période sombre du Maroc et des barbouzes
français. La fin annoncée de la Tricontinentale. La rage désespérée du
Tiers-Monde.
Mais
c'est moins de lui qu'il est question que d'un
personnage secondaire, placé comme accidentellement au premier plan :
un mythomane en mal de grand coup, minable, qui finira baignant dans
son sang. Les flash-backs, la voix off du personnage principal mort qui
revient sur ce dernier coup malheureux, Marguerite Duras campée par une
Josiane Balasko étonnante, et qui fait parfois une pause pour
s'adresser directement aux spectateurs, expliquer, commenter, tout ceci
arrive à nous captiver pour nous faire revenir sur un Oufkir
implacable, un Dlimi tout aussi inquiétant, un De Gaulle embarrassé.
Enfin, une mention toute particulière pour un Jean-Pierre Léaud
époustouflant dans le rôle de Franju (il paraît que 40 ans après, il ne
s'est toujours pas totalement remis de sa participation bien
involontaire à l'enlèvement de Ben Barka).
A
noter que la chaîne marocaine 2M a collaboré. Et je sais qu'au Maroc,
on attend impatiemment ce film qui n'y était pas encore sorti il y a
quelques jours.
A
charge néanmoins, je dirais que les physiques
des acteurs dénotent complètement par rapport aux personnages
historiques. Or, les images tirées d'archives, quelquefois
saisissantes, ancrent résolument le film dans la réalité historique. On
attendait plus de ressemblance. D'ailleurs, peu de marocains dans le
casting, et c'est un arménien, de talent au demeurant, qui joue le rôle
de Ben Barka. C'est dommage. Enfin, les méchants sont laids, les gentils sont
beaux. L'Histoire n'est pas si simple ! Ainsi, il n'est pas anodin de
signaler qu'Oufkir, contrairement à ce que pourrait laisser croire le
film, était, jeune, d'une beauté à couper le souffle. Ce qui n'est pas
sans intérêt puisque ce tortionnaire d'une grande cruauté et d'une non
moins grande intelligence, possédait un étonnant pouvoir de séduction
(il fut très longtemps le bras droit de feu Hassan II à qui il ravit
une de ses conquêtes dont il fit sa femme, avant que le roi,
semble-t-il, ne l'abatte de ses propres mains après le troisième
attentat raté contre lui).
Il demeure que les archives classées secret défense,
quarante ans après, sont vides. Beaucoup ont attendu pour rien.
Certains secrets d'état sont immortels...